Doux : La demande sociétale impose un changement de paradigme. TRIBUNE
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Tribune parue dans OUEST-FRANCE

Vendredi 30 mars 2018

 

 

En novembre dernier, J-Y Le Drian, ministre des Affaires étrangères, présentait Doux à l’Arabie Saoudite comme un fleuron de l’agroalimentaire français. Doux a déposé son bilan et demande sa liquidation judiciaire. C’est la 2ème fois que l’entreprise de transformation volaillère est en difficulté. Doux affiche 35 millions d’euros de déficit, des retards de cotisations sociales et une amende pour fraude d’environ 85 millions d’euros due à l’Union européenne. L’histoire de Doux est exemplaire de l’industrialisation agroalimentaire et de la Politique agricole commune qui a subventionné les exportations jusqu’en 2013. L’entreprise encaissait 50 à 60 millions d’euros par an pour exporter des poulets bas de gamme, congelés, vers les pays du Golfe persique. Au fil du temps, Doux a capté plus d’un milliard d’euros de subventions. La fin des subventions a révélé le non-sens économique d’une filière basée sur l’exportation à plus de 80%. D’autant que la piètre qualité des volailles a barré tout espoir de satisfaire une clientèle hexagonale ou européenne. Les subventions étant à la tonne exportée, Doux trichait sur le poids en alourdissant les poulets congelés avec de l’eau. D’où l’amende européenne.

Le tribunal de Rennes devra décider entre deux offres, pour deux marchés différents, l’un pour un marché bas de gamme à destination de l’Europe de l’Est, l’autre (L.D.C.) entreprise française basée dans la Sarthe , intracommunautaire. Le leader européen, peu précis  à ce stade, en profiterait pour imposer un casse sociale sans précédent.

Faut-il effacer  la dette de cotisations sociales ? Faut-il passer l’éponge sur l’amende européenne et la faire payer au contribuable? Faut-il donner de l’argent public sans conditions sociales et environnementales ? Non !

Nous préférons mobiliser cet argent pour soutenir une conversion qualitative de l’entreprise vers la production  agroécologique des éleveurs, avec le maintien de tous, de tous les sites de productions et de tous les salariés. La demande sociétale est là, la Bretagne a besoin de donner une autre image positive du développement de ses filières.  Nous demandons au coordinateur de états généraux de l’alimentation, vice président à l’agriculture et à l’agroalimentaire, d’être cohérent dans ses actes par le conditionnement des aides éventuellement  octroyées par la région.

Selon l’Institut technique de l’aviculture, la France importe plus de 40 % de ses besoins en poulets. Il y a de la place pour une production bio par les 424 éleveurs sous contrat avec Doux et pour les 1239 employés dans les abattoirs et usines de transformation.

L’agonie de Doux est une opportunité pour réorienter et re-territorialiser la production de nourriture. Il faut prendre du recul, évaluer les défis d’aujourd’hui (climat, biodiversité, ressource en eau, abandon des pesticides, des activateurs de croissance, des antibiotiques) et décider avec tous les acteurs des territoires concernés de la reconfiguration d’une filière obsolète.

Du courage et une vision politique de l’avenir. !

 

José Bové député européen, ancien PP de la Conf

François Dufour, conseiller régional Normandie, ancien PP de la conf

René Louail, conseiller régional de 2010 à 2015 en Bretagne, ancien PP conf

 

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