Ecotaxe : halte à la démagogie !

Gaëlle Rougier, conseillère régionale EELV

Nombre d’affirmations fantaisistes – pour ne pas dire démagogiques – circulent sur l’écotaxe. Nous voulons rétablir quelques vérités.

L’éco-taxe, une nouvelle gabelle ? Rappelons cette vérité simple que ses détracteurs se gardent bien de clamer : si les routes bretonnes sont gratuites pour les usagers, leur coût est financé par l’impôt et donc par l’ensemble des contribuables bretons. Ainsi, pour les bretons, l’éco-taxe poids lourds est une bonne nouvelle : en taxant les entreprises, elle allège le coût des infrastructures de transports pour tous les contribuables. Elle est, en cela, une mesure sociale.

Les détracteurs de l’éco-taxe se présentent comme les défenseurs de Bretagne et de ses intérêts. Mais alors que les régions disposent de toujours moins de moyens, l’éco-taxe est une manne indispensable pour financer les grandes autoroutes maritimes, fluviales et ferroviaires dont nous avons besoin pour se connecter aux réseaux économiques européens. S’ils sont contre l’éco-taxe, que proposent-ils donc pour financer l’ambition ferroviaire bretonne ? Rien. On assiste à une manipulation de l’histoire bretonne au profit du conservatisme patronal. Quand le prix du gazole aura doublé, comment la Bretagne exportera ses productions si elles ne disposent pas d’infrastructures de fret ferroviaire ou maritime ? L’éco-taxe permet d’engager la transition de l’économie bretonne et donc d’assurer l’avenir de nos emplois. Ne pas fournir cet effort fiscal aujourd’hui, c’est organiser notre propre défaite demain.

L’éco-taxe tue des emplois ? On atteint le summum de l’hypocrisie quand ceux qui sont aux commandes depuis des années font porter à l’éco-taxe le chapeau de la désindustrialisation alors même qu’elle n’est pas mise en place. La réalité est qu’ils cherchent à se défausser de leurs responsabilités dans la crise dramatique de l’agro-alimentaire breton. Rappelons que si GAD est en difficulté, c’est notamment parce que 700 000 porcs bretons sont envoyés à l’abattage en Allemagne. Cela n’est rendu possible que parce qu’il est moins cher d’exporter par la route vers l’est de l’Europe que d’abattre les porcs en Bretagne. L’éco-taxe touche essentiellement les grandes entreprises exportatrices, beaucoup moins les PME bretonnes tournées vers le marché régional. En augmentant le coût du transport, l’écotaxe peut inciter les groupes agro-alimentaires à relocaliser une partie de leurs activités et des emplois.

Enfin, le report de la route vers des modes de transport moins polluants et moins énergivores est une urgence vitale. La lutte contre le réchauffement climatique et pour une meilleure qualité de l’air est de notre responsabilité commune ici et maintenant !

Dans ce contexte, la demande d’un moratoire par la droite et la gauche bretonne n’a de sens que si celui-ci est mis à profit pour engager la mutation du modèle économique breton vers des productions à haute valeur ajoutée, respectueuses des droits sociaux, de l’environnement, et favorisant la relocalisation des activités. Si ce n’était pas le cas, le moratoire serait simplement un énième renoncement face aux lobbies des grands patrons. Nous verrions alors s’éloigner notre volonté de voir émerger une Bretagne connectée au monde, une Bretagne solidaire où les entreprises, autant que les usagers, participent à façonner l’économie de demain et l’avenir de nos enfants.

Gaëlle Rougier, conseillère régionale EELV en Bretagne.

10 commentaires pour “Ecotaxe : halte à la démagogie !”

  1. Bonjour,
    Je suis très favorable à une écotaxe des transports par camion pour favoriser d’autres moyens de transport moins polluants. Mais j’ai entendu qu’il n’y en a pas sur les autoroutes et je trouve cela, ce n’est ni juste ni un soutien des moyens moins polluants. Je voudrais aller encore beaucoup plus loin : Une écotaxe sur un produit calculé sur la distance parcourue et dépendant du moyen de transport utilisé : On serait étonné sur la vitesse du rapatriement des productions industrielles qui se sont évadées de la France… Même la petite production locale pourrait redevenir intéressante et dans l’agriculture la diversification de la production aussi…

  2. Merci pour cette explication claire . Y en a marre de la démagogie en faveur des « pauvres entreprises et des paysans » qui n’ont pas encore compris l’importance de ces mesures « écologiques » .

  3. d’accord avec peter stopschinski,reserve
    sur la non application sur autoroutes comprises
    et puis la production locale evite les transports polluants en devenant interressante sur les « marchés » bretons

  4. Hm hm, total désaccord. C’est encore une mesure des bobos, mais cette fois ça ne passera pas

  5. Ca s’est un commentaire argumenté…

  6. Bonjour . Il faut recadrer cette histoire dans l’histoire de la Bretagne . Les Bretons doivent profiter de la libre circulation sans taxe ni gabelle depuis quelques siècles . Aucune condition légale correcte n’a jamais été mise en place pour remettre en cause ce principe . Mr. Le Drian n’a pas été entendu sur ce sujet . L’ouverture de l’écotaxe se situe en opposition avec cette situation des voies expresses libres d’accès . Ne nous étonnons donc pas de ces mouvements de destruction des portiques en Bretagne , pour le moment par le seuls paysans . Même s’ils ne sont pratiqués que par des paysans , ils trouvent un écho très favorable chez la majorité des Bretons . Je rappelle , à cette occasion , que lorsque le lac de Guerlédan a été fait par EDF , il était prévu de redonner si besoin , la navigabilité sur ce canal de Nantes à Brest , aux frais d’EDF , pour le transport de marchandises .
    Le noble droit à l’Histoire est un principe pour certains…

  7. Au delà de la Bretagne, il est navrant de constater que les transports longue distance par autoroute ne seront pas impactés, alors que le but est de limiter ces transports! Ne parlons pas de l’usine à gaz mise en place pour payer cette taxe, les portiques sont une solution complexe pour un problème simple. D’autres pays, dont la Suisse, contrôle les kilométrages des véhicules pour calculer la taxe. Quant à l’idée de relancer le ferroviaire et le fluvial, vue l’état des réseaux et le coût de remise a neuf de ceux ci, les revenus de l’eco taxe ne suffirons pas à financer les travaux. Et je ne parle pas des lobbies des transports ou des syndicats du rail qui ont participé à la dégradation du réseau SNCF !! Si comparer cette taxe à gabelle vous paraît exagéré, ça reste encore une taxe en PLUS!! En ce moment nos élites ne savent que faire ceci, empiler les taxes, bientôt il sera inutile de travailler, car nous serons aussi pauvre que ce qui n’ont pas de travail !

  8. Au sujet des autoroutes non concernés par l’écotaxe : n’oublions pas qu’elles sont déjà taxées (péages) ! C’est pour cette raison que nombre de camions traversant la France passent par le réseau secondaire, composé des routes nationales et départementales et ce, sans payer ni péage ni essence (certains camions ont des réservoirs suffisamment grands pour ne pas avoir à faire le plein en France). Par contre, la pollution et l’usure des routes y sont !
    Je rappelle aussi qu’actuellement, il y a 900.000 porcs qui vont chaque année de Bretagne vers les abattoirs allemands. L’écotaxe est là pour dissuader ce trafic, au profit des abattoirs bretons, beaucoup plus proches (donc circuits courts, emplois locaux, moins de carburant consommé, …). C’est bien évidemment là un seul exemple, mais ça donne une idée…

    Par contre, je me permets de critiquer l’article sur une phrase : « si les routes bretonnes sont gratuites pour les usagers, leur coût est financé par l’impôt et donc par l’ensemble des contribuables bretons. » C’est l’ensemble des contribuables français qui payent les routes gratuites de toute la France (dont celles en Bretagne), et non seulement les contribuables bretons.

  9. Chère madame,

    Vous dites qu’on assiste à une manipulation de l’histoire bretonne…
    Ce que vous faites est bien pire : vous vous asseyez dessus !
    Depuis le traité d’union de la Bretagne à la France en 1532, IL N’Y A JAMAIS EU – sauf cas exceptionnel – DE ROUTES PAYANTES EN BRETAGNE POUR QUI QUE CE SOIT. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va commencer à remettre en cause cet état de fait !
    Vous évoquez le ferroutage, cette bonne blague : pour que cela puisse fonctionner correctement, en dehors d’un réseau ferroviaire à améliorer sérieusement, il faudrait commencer par convaincre les élus de la majorité à laquelle vous êtes associée – du moins au niveau national – de réformer la SNCF : comment confier sa marchandise à un établissement où on ne peut pas dire que le droit de grève soit l’exception, bien au contraire…
    Et cette caricature d’agriculteurs-pollueurs que vos continuez d’entretenir malgré leurs efforts constants à modifier leurs pratiques ces vingt dernières années, le jour où vous les aurez définitivement découragé, qui prendra leur place sinon de riches retraité(e)s venu(e)s d’ailleurs profiter de l’air – enfin purifié croyez-vous – suite à la mise en œuvre de votre politique.
    Samedi prochain, j’irai bien entendu manifester à Quimper pour la SUPPRESSION DE CETTE ECOTAXE que je considère personnellement comme une atteinte à la Bretagne et à son histoire, sans manipulation aucune. Ce ne sera pas, contrairement à votre stigmatisation d’un prétendu conservatisme patronal – les temps ont changé, vous savez… Nombreux sont aussi les indépendants qui travaillent pour leur propre compte, et parfois leur survie ! – une manifestation d’une corporation ou d’une autre, mais celle de tout un peuple uni CONTRE CETTE INJUSTICE.
    Merci de m’avoir lu.

  10. Le peuple breton est très attaché à son histoire et aux acquis qu’il a pu gagner. Je ne serai pas de ceux qui lui reprocheraient. Nombre de peuples européens feraient bien de s’en inspirer.

    A une époque où l’individualisme amène le désespoir, l’élan collectif breton est exemplaire. Mais je signalerais moi aussi qu’il est malheureusement possible qu’un élan collectif ne serve pas une bonne cause.

    Un argument que je n’ai pas lu jusqu’à présent tient au fait que Brest est l’un des ports d’importation de tourteaux de soja et d’autres aliments du bétail, les plus importants d’Europe.

    L’agriculture bretonne ne nourrit pas ses porcs ni ses poulets ! La Bretagne est la reine de l’agriculture hors sol, de ces fermes qui doivent acheter leurs aliments pour produire de la viande « pas chère » (pas cher si on exepte le coût écologique, celui des algues vertes en particulier).

    Bien sûr, il y a des fermes bretonnes qui produisent vraiment breton, avec l’herbe, le blé, les pois, le maïs … produits sur l’exploitation. Mais elles ne doivent sans doute pas être dans les filières GAD et consorts.

    Et si le débat sur l’écotaxe était le moyen de poser le débat de l’avenir agricole breton ? Et vous cessiez, opposants à l’écotaxe, de vous moquer des collègues agriculteurs (bretons ou des autres régions d’ailleurs), qui ont fait les bons choix sous les risées, et qui maintenant portent les solutions : celle de l’agriculture locale, vraiment locale !

    Et si les opposants à l’écotaxe admettaient qu’ils se sont trompés ? Veulent_ils continuer à faire payer aux autres le résultat de leurs erreurs ?

Remonter