Maïs empoisonné à Brest. Une bombe à retardement…qui doit être détruite de toute urgence
Partager

Plusieurs organisations et syndicats demandent une audience d’urgence à Marisol Touraine. Depuis la mi-décembre, une cargaison de 25000 tonnes de maïs empoisonné à la phosphine, un biocide extrêmement toxique, est entreposée dans le port de Brest. Malgré les annonces des autorités sanitaires et de l’entreprise Nutréa-Triskalia, la phosphine tarde à se disperser au contact de
l’air. Son stockage même devient dangereux, risquant l’échauffement et la fermentation.

Cette situation n’a que trop duré. À aucun moment ce maïs ne doit pas être intégré à l’alimentation animale à laquelle il était destiné, et rentrer ainsi dans la chaine alimentaire. Rappelons que certains camions ont déjà entreposé ce maïs sur les sites de l’entreprise Nutréa-Triskalia de Plouisy et Plouagat. Ce stock de maïs doit être détruit.

Le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, le Syndicat CGT des marins du grand ouest, l’Association Mor Glaz, l’Union syndicale Solidaires et le Comité de soutien aux victimes des
pesticides de Triskalia, appuyés par le député européen José Bové, ont demandé une audience d’urgence à Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, afin que soit trouvée une solution à cette situation, qui devient dangereuse pour les travailleurs et les consommateurs.

Jeudi 26 janvier
CONTACT PRESSE :
Michel Besnard, 06 73 19 56 07
José Bové, 06 07 36 30 35
Serge Le Quéau, 06 80 95 85 17
René Louail, 06 72 84 87 92

 

Tribune de José Bové

La phosphine, fabriquée depuis les années 1930 par l’entreprise Degesch est un poison létal utilisé pour tuer la vermine. Degesch est l’acronyme de Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung (littéralement Société allemande pour le combat contre la vermine).

Depuis mi-décembre 25 500 tonnes de maïs sont entreposées quelque part dans le port de Brest. Les associations et les syndicats se sont mobilisés à juste titre car de cette cargaison s’échappe des gaz mortels de Degesch. Ce qui n’était pas connu est que la phosphine peut également provoquer des explosions.

Les armateurs utilisent la phosphine dans les cales des vraquiers pour empêcher la prolifération des larves et autres vers qui mangent les grains de maïs quand le bateau est en mer. Les émanations sont si dangereuses qu’une organisation maritime internationale des fumigateurs, IMFO, a été créée et que des assurances spécifiques sont proposées aux armateurs au cas où il y aurait un mort parmi les marins.

Les possibilités d’explosion des cargaisons traitées à la phosphine sont réelles. Le 29 octobre 2010, Cargill a chargé une cargaison de maïs dans à Westwego en Louisiane destiné à la Syrie. Les soutes avaient été fumigées par la société Degesch America avec de la phosphine. Quelques heures plus tard, des explosions dans les cales obligeaient le capitaine à s’arrêter d’urgence. La Société Cargill avait par la suite déposé une plainte aux Etats-Unis.

Face à ce double danger d’empoisonnement et d’explosion, les autorités françaises doivent obtenir d’urgence la collaboration de la société roumaine qui a fumigé cette cargaison de maïs. La société Degesch doit rendre des comptes sur la dangerosité de la phosphine qu’elle produit. Cette société basée à Francfort doit communiquer la liste de tous les accidents mortels que la phosphine a provoqué dans le passé.

Nous ne pouvons pas accepter que les importations de maïs américain ou de soja brésilien continuent à mettre en danger la santé des marins, des dockers, des ouvriers agricoles et au final des consommateurs alors que nous avons maintenant une parfaite connaissance des dangers liés à la manipulation de la phosphine. Madame Marisol Touraine, Ministre de la Santé, doit prendre des mesures rapides pour que cette cargaison soit détruite et que les importations traitées à la phosphine soient définitivement interdites.

Jeudi 26 janvier 2017

 

Communiqué de presse de 9 organisations concernant le problème posé par l’arrivée de 25 500 tonnes de maïs traités à la phosphine sur le port de Brest.

L’Union Régionale Solidaires de Bretagne, le Comité de soutien aux salariés de Triskalia victimes des pesticides, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest, l’Union Locale CGT de Brest, l’Union locale Solidaires de Brest, le syndicat CGT des marins de grand ouest, Europe Ecologie les Verts et leurs représentant élus de Brest, Ensemble  et l’association Morglaz  se sont rencontrés ce lundi 16 janvier 2017 à Brest. Ils ont examiné le problème posé par le maïs traité à la phosphine, biocide mortel pour tous les mammifères et interdit en France acheté par la société Cobrena-Triskalia Depuis plus d’un mois la cargaison empoisonnée est toujours bloquée sur le port de Brest, dans des conditions dont nul ne peut affirmer qu’elles mettent à l’abri de tout danger les personnels du port, les riverains, sans oublier la faune et la flore.

Une fois plus les organisations présentes constatent que ce sont des salariés de la coopérative Nutréa-Triskalia et des dockers du port de Brest qui ont dû déclencher l’alerte, sur un nouveau scandale social, sanitaire et environnemental.
Une fois de plus, après une période de déni, la coopérative Triskalia suivi par les pouvoirs publics ont minimisé la gravité des faits.
Devant tant d’incertitudes, les organisations signataires demandent la destruction immédiate et sous contrôle des 25 500 tonnes de maïs traités à la phosphine sans oublier les 59 tonnes déjà livrés à l’entreprise Nutréa-Triskalia de Plouisy dans les Côtes d’Armor.

Elles exigent également l’ouverture d’une enquête transparente sur les points suivants :
– Le respect de la réglementation concernant l’utilisation de certains fumigants en France et particulièrement de l’utilisation de la phosphine (Arrêté du 4 août 1986.)
– Le respect de la législation sociale concernant le sécurité des personnels affectés à la manutention, au traitement, et au transport de la cargaison.
– La traçabilité des céréales transportées : compte tenu des particularités des zones de production à risques (Roumanie, Ukraine ) : présence possible d’OGM  et de glyphosate.
– La transparence  des contrôles réalisés par les services de l’État, puis la communication des résultats des analyses effectuées.

Les organisation signataires s’étonnent du silence de la Région qui assume la responsabilité de la gestion des ports et n’a pas été en capacité d’imposer un cahier des charges qui permette de protéger les travailleurs et les populations, contre la dangerosité  de produits comme la phosphine.
Les organisations signataires appellent les forces associatives, syndicales et politiques à relayer et amplifier la démarche qu’elles ont engagée.

A Brest le 16 janvier 2017

Serge Le Quéau
Union syndicale Solidaires
06 80 95 85 17

René Louail
Comité de soutien aux victimes des pesticides de triskalia.
06 72 84 87 92

Henri Busnel
Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’ouest
06 71 11 06 90

 

Communiqué de José Bové (député européen) :

 

Brest : Le stock de maïs empoisonné à la phosphine doit être détruit

Depuis le 16 décembre dernier, une cargaison de 25 500 tonnes de maïs provenant de Roumanie, empoisonné à la phosphine, un biocide antiparasite extrêmement toxique et interdit en France, est entreposé dans le port de Brest. La sonnette d’alarme avait alors été tirée par les dockers qui découvrent les capsules de fumigène du biocide en cours de déchargement. Pourtant, une partie de la livraison a déjà rejoint l’usine de Nutréa-Triskalia à Plouisy, ce maïs étant destiné à l’alimentation animale.

Pour José Bové, député européen écologiste, membre de la Commission de l’Agriculture du parlement :

« Visiblement les autorités n’ont pas fait leur travail. Elles auraient dû analyser cette cargaison de maïs traité à la phosphine, un produit interdit en France, avant de laisser les dockers et les ouvriers du port s’en approcher. Certains douaniers refusent de descendre dans les cales des bateaux de peur d’être empoisonnés. Il faut que ces hommes soient équipés et formés pour pouvoir remplir leur mission de service public. Selon la FAO, la phosphine peut entraîner de graves complications neurologiques, respiratoires et cardiaques. À de fortes concentrations, elle est mortelle, comme l’a révélé le décès d’un marin roumain en 2008.  Les salariés du port et de Triskalia ont donc été mis en danger.
Cette cargaison de maïs doit être détruite sans délais, y compris la partie déjà livrée jusqu’à l’usine de Triskalia.
Le Secrétaire d’Etat en charge du Commerce Extérieur, Matthias Felk, doit saisir au plus vite la Commission Européenne pour que ce produit, interdit en France, le soit également dans le reste de l’Europe. Nous ne pouvons pas accepter que des travailleurs soient mis sciemment en danger. La réglementation doit être la même pour tous, car la phosphine est hautement toxique que l’on soit en France, en Roumanie, ou dans n’importe quelle partie du monde. »