A propos de la catastrophe rouennaise de Lubrizol…
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C’est ainsi qu’il faut nommer l’accident industriel de Rouen : une catastrophe mais cela ne suffit pas. Il s’agit de comprendre quelle est la traduction visible des choix politiques successifs en faveur d’un modèle économique et industriel dangereux, néfaste, irresponsable, qui met en danger la population et l’expose à en subir directement les conséquences néfastes à court et à moyen terme.

Ces choix politiques portent la marque d’une idéologie : le néolibéralisme avec son laisser-faire et son laisser-aller. Cette idéologie brise notamment les services publics nécessaires à la population, en l’occurrence en n’adaptant pas le nombre d’inspecteurs des installations classées au nombre d’établissements dangereux (1.607 fonctionnaires en 2018 pour environ 500 000 établissements relevant de la législation des installations classées) (0) dont 1.312 sont classées Seveso.

Cette politique ne rend plus de statistiques depuis 2014 et parallèlement détricote la législation protectrice au profit exclusif des industriels. Ainsi sont créées en 2017, par décret, les études d’incidences (Article R181-14 du code de l’environnement), étendues, par la loi ESSOC (1) en 2018 (article 62 II) à toutes à toutes les demandes d’autorisation, passant par le préfet, seul juge de la nécessité d’une étude d’environnement (2). En l’espèce, le préfet ne l’a pas jugé nécessaire par deux fois, bien que la situation l’imposait.

Il en est ainsi de tous les services publics de l’école, en passant par l’hôpital jusqu’aux services de l’inspection du travail, de la justice…tous remis en cause. Car les services publics sont le socle sur lequel la population peut compter pour être protégée, pour être servie et pour répondre aux principes fondamentaux d’une égalité réelle, d’une fraternité organisée et d’une liberté qui ne soit pas liberticide.

Ce nuage de fumées toxiques est un marqueur indélébile, comme le sont, de manière différée, lente, volontairement enjolivée du nom de « phytosanitaire », les pesticides et toutes ces substances chimiques qui empoisonnent notre terre, notre air, notre alimentation et nos mers.

Nous percevons, de manière significative, avec cet accident industriel, le choix de ce gouvernement, en faveur des puissants et du productivisme, en ayant notamment autorisé par décision d’Etat, en la personne du préfet, d’accroitre les quantités de stockage de ces produits hautement dangereux, situés en pleine zone urbaine. Et ce gouvernement ose annoncer qu’il procédera à une enquête de santé dans 6 mois (Mars 2020), au mépris d’une évaluation urgente  et au profit de la population et notamment des plus fragiles (les enfants, les personnes âgées, des riverains et des gens du voyage particulièrement exposés).

Cet accident industriel est emblématique d’une politique néolibérale écocidaire, qui nous met en danger, par des choix irresponsables, inacceptables. Cet accident industriel traduit le choix des risques que la politique néolibérale est capable de faire prendre à la population. Elle nous rappelle Fukushima, y compris dans la gestion politique de cette politique nucléaire. Tout cela a un prix et ce prix, c’est la population et les écosystèmes nécessaires à notre existence qui en sont les premières victimes; les secondes victimes, ce sont les générations à venir, ce sont les rêves impossibles d’un avenir commun et épanouissant.

Cet accident industriel doit nous donner la force de contrer les puissants qui nous divisent et qui construisent une société de la concurrence, une société de la défiance, une société fondamentalement hostile aux biens communs, au partage, à l’hospitalité et plus encore à la vérité, à la transparence et à l’intérêt général, qui refusent une véritable vision d’avenir, un projet d’un « vivre ensemble », un projet de société d’un « bien vivre ensemble ».

Or, c’est sur la base de ce dernier projet que les écologistes de Bretagne et de France, solidaires des écologistes de Normandie et du monde, militent et œuvrent sans discontinuer dans les communes, les régions, en France, en Europe et partout dans le monde. L’écologie politique n’est pas simplement une alternative; elle est cette exigence urgente pour nous préserver d’un avenir aussi noir que ce nuage de fumée toxique qui pollue et tue, symbole d’une politique gouvernementale néolibérale suicidaire qui nous mènera à la destruction du vivant si nous n’y mettons pas fin.

Les écologistes s’engagent résolument à contrer ces choix et à œuvrer pour le bien commun à chaque fois qu’ils accèdent et accèderont aux responsabilités, quel qu’en soit le niveau. C’est un engagement irréversible.

Pour le CPR EELV de Bretagne, Bernard MARTIN, secrétaire et porte-parole du groupe EELV du Pays de Vitré.

0)       http://www.installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr/Chiffres-cle-de-l-Inspection.html et https://www.actu-environnement.com/ae/news/ICPE-installations-classees-statistiques-chiffres-2018-33080.php

1)       LOI n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance

2)       Article 62 II.-Le IV de l’article L. 122-1 du code de l’environnement est complété par un alinéa ainsi rédigé : « Toutefois, lorsque le projet consiste en une modification ou une extension d’activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent des autorisations prévues aux articles L. 181-1, L. 512-7, L. 555-1 et L. 593-7, le maître d’ouvrage saisit de ce dossier l’autorité mentionnée à l’article L. 171-8. Cette autorité détermine si cette modification ou cette extension doit être soumise à évaluation environnementale. »

PLUS D’INFORMATIONS :

Article R181-14 : Créé par Décret n°2017-81 du 26 janvier 2017 – art. 1

I. – L’étude d’incidence environnementale établie pour un projet qui n’est pas soumis à étude d’impact est proportionnée à l’importance de ce projet et à son incidence prévisible sur l’environnement, au regard des intérêts mentionnés à l’article L. 181-3.

L’étude d’incidence environnementale :

1° Décrit l’état actuel du site sur lequel le projet doit être réalisé et de son environnement ;

2° Détermine les incidences directes et indirectes, temporaires et permanentes du projet sur les intérêts mentionnés à l’article L. 181-3 eu égard à ses caractéristiques et à la sensibilité de son environnement ;

3° Présente les mesures envisagées pour éviter et réduire les effets négatifs notables du projet sur l’environnement et la santé, les compenser s’ils ne peuvent être évités ni réduits et, s’il n’est pas possible de les compenser, la justification de cette impossibilité ;

4° Propose des mesures de suivi ;

5° Indique les conditions de remise en état du site après exploitation ;

6° Comporte un résumé non technique.

II. – Lorsque le projet est susceptible d’affecter des intérêts mentionnés à l’article L. 211-1, l’étude d’incidence environnementale porte sur la ressource en eau, le milieu aquatique, l’écoulement, le niveau et la qualité des eaux, y compris de ruissellement, en tenant compte des variations saisonnières et climatiques. Elle précise les raisons pour lesquelles le projet a été retenu parmi les alternatives au regard de ces enjeux. Elle justifie, le cas échéant, de la compatibilité du projet avec le schéma directeur ou le schéma d’aménagement et de gestion des eaux et avec les dispositions du plan de gestion des risques d’inondation mentionné à l’article L. 566-7 et de sa contribution à la réalisation des objectifs mentionnés à l’article L. 211-1 ainsi que des objectifs de qualité des eaux prévus par l’article D. 211-10.

Lorsque le projet est susceptible d’affecter un ou des sites Natura 2000, l’étude d’incidence environnementale comporte l’évaluation au regard des objectifs de conservation de ces sites dont le contenu est défini à l’article R. 414-23.

III. – Les informations que doit contenir l’étude d’incidence environnementale peuvent être précisées par un arrêté du ministre chargé de l’environnement.