Participation à l’Enquête Publique sur le Schéma de COhérence Territoriale de LTC
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Vendredi 18 octobre, le groupe local a déposé sa contribution à l’Enquête Publique sur le SCoT de Lannion Trégor Communauté.

POUR UN TREGOR CLIMATO-COMPATIBLE

Sur la forme de cette consultation :

Il nous semble que la forme que prend cette consultation est encore améliorable.

Plus que d’une consultation, pendant une période très courte, c’est d’une véritable concertation citoyenne dont aurait eu besoin ce projet de territoire. Même si la concertation a bien donné lieu à la mise à disposition des documents et à des réunions publiques, on s’aperçoit que trop peu de personnes s’y sont impliqué, comme en 2015.

Il nous semble qu’il eût été important de prendre encore plus le temps (et de mettre en œuvre les moyens) pour associer pleinement la population à la construction de ce projet :

  • tenue de réunions publiques avec débats thématiques dès le début et au cours de son élaboration,
  • partage et explication des nombreuses études menées sur le territoire,
  • co-construction des défis à relever dans le cadre des compétences de l’agglomération et de l’écosystème de ces défis, notamment des liens entre eux,
  • mise en place d’ateliers thématiques liés aux défis et aux liens entre eux, permettant d’assurer la cohérence du projet
  • restitution de synthèses intermédiaires et finales des débats et des propositions
  • travail d’évaluation des impacts financiers et environnementaux, et de priorisation des propositions
  • travail sur la définition et la mise en œuvre de la nécessaire agilité de ce SCoT, mentionnée dans le RP

Nous ne pouvons que constater une simple consultation sans débat citoyen en amont, ni information autre que la synthèse proposée. Une démarche de co-construction citoyenne aurait été plus adaptée, pour permettre au plus grand nombre de comprendre les implications du SCoT, y compris dans leur vie au quotidien. Quelques idées issues de démarches déployées dans d’autres territoires :

  • des ateliers citoyens sont composés de personnes tirées au sort, dans un échantillon représentatif de la population, auditionnant des experts et des spécialistes avant de rédiger un avis citoyen présenté aux élus.
  • Cette initiative permet d’aller vers une opinion construite après un processus d’acculturation, le panel de citoyens tel qu’il est construit étant assez diversifié pour donner une juste idée de la teneur des réflexions de la moyenne des individus.
  • De plus, du fait de son déroulement, l’atelier citoyen permet la formulation d’une réponse argumentée, raisonnée et dépassionnée à une question complexe, compréhensible par tous.
  • Enfin, il est demandé aux élus de revenir vers ces citoyens afin de leur préciser comment leurs propositions ont été prises en compte dans la version finale du projet, avant de le faire voter.

Sur le fond :

Le SCoT est structuré de plusieurs documents autour de plusieurs chapitres.

Cette structuration en parallèle conduit à des incohérences en termes de politique d’aménagement notamment.

C’est pourquoi il nous semble tout ce qui concerne « Préserver les ressources », « Préserver l’environnement » devrait être traité plus largement sous l’angle de la transition écologique de notre territoire et de manière transversale.

L’urgence climatique et la fin du pétrole bon marché sont deux enjeux majeurs auxquels nous devons préparer notre territoire.

En premier lieu, il est urgent d’aménager notre territoire afin de permettre à tous de consommer moins d’énergie pour se nourrir, se chauffer chez soi et au travail et pour se déplacer.

D’autre part, il faut développer nos productions d’énergie de manière renouvelable et préserver voire reconquérir des terres agricoles.

Plusieurs objectifs du SCoT présenté répondent effectivement à ces enjeux :

  • sensibilisation aux modes de déplacement doux
  • coordination des projets d’urbanisation et de la gestion des déplacements sur le territoire
  • rénovation de l’habitat (à condition qu’il s’agisse de rénovation THERMIQUE et pas de rénovation de façades !)
  • développement de l’utilisation des sources d’énergie renouvelables
  • développement des filières agricoles locales
  • préservation et restauration du foncier agricole

D’autres objectifs sont en contradiction avec ces enjeux :

  • requalification et extension d’espaces d’activités, construction d’hôtels d’entreprises sur les espaces d’activités
  • construction d’un Parc d’Exposition
  • objectif 1.6 : création d’espaces d’activités à vocation maritime
  • objectif 2.1 : amélioration de la liaison routière Lannion-Brest

Mais les priorités entre les différents objectifs ne sont pas lisibles et au final, il n’est pas du tout clair que l’ensemble de ces objectifs répondent favorablement aux enjeux de la nécessaire transition écologique.

Il nous semble primordial d’intégrer la qualité de l’air (pas seulement au niveau olfactif) et de décliner un Plan Climat-AIR-Energie pour notre territoire. Celui-ci n’est pratiquement pas mentionné dans les documents.

Selon l’OMS, la pollution de l’air causerait 350 000 décès prématurés en Europe par an. Si cette pollution n’existait pas, les Européens vivraient en moyenne 8,6 mois de plus. 50% des décès causés par la pollution de l’air ont pour cause la circulation automobile selon une étude menée en Autriche, en Suisse et en France.

Or cette pollution ne touche pas que les Parisiens ! Les Côtes d’Armor n’ont pas été épargnées, au cours des dernières années, par le pic de pollution aux particules fines issues notamment des chauffages au bois et au fioul et des moteurs diesel. Afin de protéger la santé de tous, il nous faut prendre notre part de responsabilité et faire le maximum pour limiter les émissions de particules fines issues de notre territoire. Cela passe à nouveau par la rénovation thermique du secteur résidentiel et tertiaire et par la réduction de l’utilisation de la voiture individuelle.

Pour relever ces défis concernant le Climat, l’Air et l’Energie, ont été élaborés en Bretagne, le Plan Régional pour la Qualité de l’Air (PRQA) en 2008 et le Schéma Régional Climat Air Énergie (SRCAE) en 2012. On y trouve les constats suivants :

Les transports, principalement par le trafic routier, constituent en Bretagne le 1er secteur émetteur d’oxydes d’azote (NOx) et de dioxyde de carbone (CO2) or le réseau routier poursuit aujourd’hui son extension… Sans scénario de rupture, il est probable que les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et d’oxydes de carbone (CO et CO2) soient toujours plus importantes à l’échelle de la Bretagne d’ici 2015, confortant les transports, et notamment la voiture particulière, au rang de premier contributeur breton pour les polluants cités. »

L’entrée dans une ère où les énergies fossiles sont durablement chères rappelle la vulnérabilité des territoires, des populations et des économies face aux chocs affectant l’approvisionnement énergétique.»

Et des recommandations :

« La création et le renforcement d’infrastructures routières, présentant le risque de générer une augmentation de trafic, il sera tenu compte des externalités environnementales des projets et en particulier aux études des impacts sur la qualité de l’air. »

« Toutes les alternatives à la création ou au renforcement d’infrastructures routières doivent être étudiées. »

« L’option d’un modèle de transition vers une économie bas carbone est la seule viable. »

« Diminuer les BESOINS en déplacements motorisés par une action forte sur l’aménagement de l’espace et l’urbanisme »

Plutôt que de construire de nouvelles infrastructures routières, permettons à tous de diminuer l’utilisation de la voiture individuelle. Pour cela il faut en premier lieu aménager notre territoire pour diminuer nos BESOINS en stoppant l’étalement urbain et en aménageant notre territoire pour que les déplacements doux (à pied et en vélo) soient simples et sécurisés ; en développant l’auto-partage, le covoiturage, les transports en commun.

De même, la pollution due aux pesticides doit pouvoir être mesurée et des actions menées pour la diminuer, comme soutenir encore plus les agriculteurs n’en utilisant pas, ou respectant des règles d’utilisation très strictes et surtout ne plus soutenir ceux qui contribuent à cette pollution.

En résumé, plusieurs objectifs inscrits dans le SCoT sont réellement à promouvoir. En revanche, ceux qui favorisent l’étalement urbain et l’augmentation de nos déplacements motorisés sont à proscrire.

Faisons en sorte que les Trégorrois des décennies à venir n’aient pas à dire un jour : « Déjà la maison brûlait, mais ils regardaient ailleurs… »

Concernant la solidarité et la création d’emplois qui sont deux objectifs essentiels, il est évident que la construction d’une nouvelle route est moins bénéfique que la rénovation de l’habitat : une maison isolée permet d’économiser de l’énergie et de l’argent alors qu’une nouvelle route engendre plus de trafic et peut conduire les moins aisés à résider encore plus loin de leur lieu de travail et donc à consommer plus d’énergie.

En terme d’emplois, un euro investi dans la rénovation thermique est plus créateur d’emploi qu’un euro investi dans la construction d’une nouvelle route.

De plus les emplois de l’artisanat sont localement pérennes alors que les emplois des entreprises de travaux publics ne sont que temporaires et souvent non locaux.

Les emplois du secteur du tourisme nous semblent très intéressants à développer. En ce sens, nous sommes favorables aux objectifs 1.10, 1.11 et 1.12.

Au sein du chapitre « Vivre solidaires », il nous semble essentiel d’affirmer une équité des services pour tous les citoyens de notre territoire. Ce principe d’équité ne nous semble par clairement affirmé et énoncé comme un objectif essentiel à relever.

Groupe Local EELV Trégor (Contact : tregor@eelv.fr)